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MALIKA MATOUB a Montréal

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Soyons tous des Matoub !

Malika Matoub a commencé par remercier les jeunes qui se sont démenés en plein examens scolaires pour concevoir, préparer et présenter leurs numéros en guise d’hommage à Lounès : « Quand je vois des enfants s’exprimer ainsi, cela me fait chaud au cœur, dira-t-elle, toute émue. Mais, rajoute-elle, le chemin de notre combat est long. Tamazight cherche sa place dans un pays dictatorial, islamiste et arabiste. Notre responsabilité devant l’histoire est de nous outiller pour résister et protéger notre Kabylie ». Malika, très affectée par les déchirures qui caractérisent le combat de la cause berbère, s’adresse à l’assistance en toute franchise : « Je n’ai pas de leçons à donner, mais de grâce, agissons ensemble pour continuer le combat de mon frère. Même s’il est mort, même si on pourrait penser qu’il se repose, je vous assure que sa mort est une horreur et son âme est encore tourmentée, car, nous sommes dispersés et nous sommes en perpétuel conflit entre nous. Il faut s’unir pour atteindre notre objectif ultime.  » Tafat d ighlen iduklen  », dira Lounès. On aime Matoub pour sa bravoure et son engagement, alors, unissons-nous pour réaliser son rêve. Soyons tous des Matoub » !

La Fondation Matoub, où en est-elle ?

Malika tient à clarifier dès le début la mission de la Fondation Matoub. « La fondation, dira-t-elle, a pour mission de préserver la mémoire de Lounès et ses œuvres, d’encourager et d’accompagner les jeunes étudiants et artistes pour produire leurs travaux. Son siège est désormais la maison de Lounès. Les gens viennent tous les jours des quatre coins d’Algérie pour se recueillir à la mémoire de l’artiste martyr. Le combat identitaire amazigh n’est pas la chasse gardée de la Fondation. Tamazight, la laïcité, la justice sociale et la démocratie sont de la responsabilité de toute la société civile. Il faut se mobiliser autour de l’essentiel pour se faire une place dans un pays où la dictature sévit depuis l’indépendance du pays ».

Comment la famille a-t-elle vécu l’assassinat de Lounès ?

Malika, émue par les douleurs multiples qui rongent sa mémoire de sœur, dira : « Nous avons vécu les douleurs que n’importe quelle famille qui perdrait un être cher, la chair de sa chair. Ajouter à cela bien entendu toutes les pressions diverses qui ont pesé sur nos épaules et nos âmes. Nous avions vu de tout, des mesquineries politiques aux rumeurs en passant par toutes sortes d’intox. C’est normal, l’aura de Lounès est devenue un grand enjeu pour les uns et pour les autres. Mais nous, nous avons perdu un membre de notre famille, le seul fils de ma mère ».

Qu’en est-il de l’enquête sur l’assassinat de Lounès ?

10 ans après l’assassinat de l’artiste, l’enquête continue à patauger au point d’être banalisée : « Le pouvoir algérien et ses relais en Kabylie, dira Malika, ont tout fait pour étouffer l’enquête. Deux personnes croupissent en prison depuis 8 ans sans suite. Un meurtre ne peut être élucidé par des déclarations politiques. La justice aux ordre a étouffé toute possibilité d’aboutir à des vérités sur les nombreux assassinats politiques de Boudiaf, Djaout et les autres… »

Qui a tué Matoub ? Cette question apparemment va demeurer longtemps dans la mémoire des Berbères et des Kabyles en particulier. Pourrait-on connaître la vérité dans un futur proche? Pour le moment, ce serait un leurre d’y croire, nous dirait le plus perspicace des observateurs de la politique algérienne. Malika aussi se pose la même question : « qui a tué mon frère ? ». Elle dira que depuis l’assassinat de son frère, sa famille a subi tout un arsenal politique, médiatique d’insultes, de diffamation de la part de certains milieux qui ont même l’indécence d’étaler la vie privée de la famille de Lounès sans que celle-ci ne puisse répliquer ou se défendre : « Je peux vous affirmer que quand on ne peut pas faire son deuil, on ne peut pas continuer à vivre normalement ». De l’enquête de son frère, elle a cité l’arrestation de deux jeunes assassins présumés de Lounès : « Ces jeunes, dira-t-elle, croupissent en prison depuis 8 ans sans qu’il n’y ait de procès. Aucune justice, affirme-t-elle avec amertume, ne leur a posé de questions. Donc, Il est très difficile de gérer ce lourd fardeau quand on a des forces occultes qui font et défont le sort de l’Algérie à leur guise loin de toute culture de justice et de scrupules ». Fatiguée de lutter contre les ombres de la cruauté, Malika dira sans détour : « Je pourrais quand même dire que la clé d’un début de vérité est là. Matoub a été tué chez lui ». À méditer donc…malaa1.jpg

FONDATION LOUNES MATOUB

jhjh.bmpLa fondation a pour principaux objets:

• Faire toute la lumière sur les circonstances de l assassinat de Lounes
• Perpétuer l image et le combat de Lounes en restant vigilant et attentif a toute malversation ou déclaration portant atteinte a sa mémoire, les défendre par tous les moyens légaux dont peut disposer la fondation. Entre autres, prise de position, déclaration, écriture et ainsi éviter toutes utilisation de sa mémoire.
• Préserver son œuvre.
• Créer un fond documentaire « Lounes Matoub » (revue de presse, photos, manuscrite, film…etc.)
• Diffuser et distribuer tout bulletin, revues, livres, programme audiovisuels en relation avec ses objectifs.
• Participer a des œuvres humanitaires et sociales.
• Fonder le prix Lounes Matoub
• Continuer à faire connaitre les qualités humaines et artistiques de Lounes, ainsi que son combat pour la reconnaissance officielle de l’identité amazigh pour une société juste, pluraliste, et démocratique, ouverte sur la culture universelle.
• Organiser des manifestations commémoratives (Yennayer, 20 avril, 25 juin, 25 septembre, 5 octobre).
• Encourager et aider toute production artistique.
• Organiser ou participer a toute action culturelle, artistique, scientifique, s’inscrivant dans le cadre de la promotion des idéaux artistique et culturels de Lounes (colloque, séminaires, congrès, conférences, festivals….. etc.)
• La fondation se propose de travailler en étroite collaboration avec toutes les associations culturelles amazighes qui partagent ses objectifs.
• Projet: Edification d’une école des arts et d’un centre culturel polyvalent.

Bureau exécutif
Le chargé a la communication: A /AZIZ HAMDI

IL PARAÎTRA LE 24 JANVIER 2011

7790205matoub19jpg.jpgUn livre de 700 pages sur Matoub
Matoub Lounès, Tafat n wurghu, c’est le titre d’un nouveau livre sur le poète et artiste Matoub Lounès qui sera publié le 24 janvier 2011 par les éditions Mehdi de Tizi Ouzou, à l’occasion du 55e anniversaire de la naissance du Rebelle.

L’auteur de ce livre n’est autre que l’universitaire Rachida Fitas, qui a déjà publié un livre sur le même sujet, il y a cinq ans, en collaboration avec Youcef Merahi, Hamid Bilek et Abdennour Saïd El Hadj. Il s’agira du plus volumineux ouvrage publié jusque-là sur le chanteur kabyle assassiné par un groupe armé le 25 juin 1998 à Tala Bounane sur la route d’Ath Douala, dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Selon l’auteur, Rachida Fitas, qui prépare aussi une thèse de magister sur Matoub au département de langue et culture amazighes de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, son livre contient 145 poèmes de Matoub dans les deux versions, kabyle et française. En plus de cela, le livre offre une longue analyse de la poésie du Rebelle d’une richesse lexicale et métaphorique, ainsi que thématique inédite dans les anales de la poésie berbère. C’est pour mettre en lumière tous les aspects spécifiques de la poésie de Matoub que Rachida Fitas publie ce livre.
Dans cet ouvrage, le lecteur pourra ainsi revisiter la diversité thématique des textes de Matoub Lounès que le romancier Ali Malek résume en «les déboires amoureux, la difficile relation avec les parents, les déceptions de l’amitié, l’inaccessibilité de la femme aimée», sans oublier les thèmes inhérents au combat identitaire, à l’injustice, à la dictature du parti unique, à l’imposture des Kabyles de service, etc.
Le livre de Rachida Fitas vient ainsi enrichir la bibliographie autour de l’homme le plus subversif dont l’histoire de la Kabylie a pu retenir le nom et de l’un des plus grands artistes et la figure de l’un de ses messagers les plus efficaces, pour reprendre un extrait d’un texte de l’écrivain Yalla Seddiki, auteur du livre Matoub Lounès: Mon nom est combat. Ce dernier rappelle que l’importance de Matoub Lounès n’est le produit d’aucune conjuration médiatique ou mercantile, car il suffit de rappeler qu’entre la période où il a sorti son premier disque en 1978 et 1989, aucun journal algérien n’a parlé de lui et aucune radio n’a passé ses chants alors qu’il était devenu l’un des artistes kabyles les plus respectés. «Il faut davantage et d’abord chercher la légitimité de Lounès Matoub dans une oeuvre qui s’est imposée comme unique quand tout conspirait à en rendre la manifestation impossible.»
Le même chercheur en poésie ajoutera au sujet de Matoub Lounès: «On constatera avec étonnement que, si l’érudition de Lounès Matoub est moins éclatante que celle des universitaires kabyles qui l’ont méprisé, son esprit critique est plus aiguisé que le leur, comme le démontre le regard désabusé qu’il portera sur toutes les illusions qu’ils auront vénérées.»
Le chanteur et poète Matoub Lounès est celui sur lequel le plus grand nombre de livres a été écrit. Depuis la parution de son propre livre Rebelle aux éditions Stock de Paris, en 1995 (ouvrage écrit par Matoub Lounès en collaboration avec la journaliste française Véronique Tavaux), des livres sont publiés régulièrement, soit sur sa poésie soit sur sa vie. Parmi les livres écrits sur le Rebelle, on peut citer: Matoub, mon frère de Malika Matoub (en collaboration avec Nourdine Saâdi), Pour l’amour d’un Rebelle de Nadia Matoub, Le Testament et Le Barde flingué» de Abderrahmane Lounès, Le résistant de Mohamed Gaya (en tamazight), Mon nom est combat de Yalla Saddiki, Ayizem anda teddid de Rachid Mokhtari et L’assoiffé d’Azur de Smaïl Grim.
En plus des écrivains, Matoub Lounès inspire aussi les cinéastes puisque le réalisateur Bachir Deraïs est actuellement en train d’écrire un scénario pour la réalisation d’un long métrage sur le parcours du patriote de toutes les patries opprimées.

DOUZIÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION TRAGIQUE DE LOUNÈS MATOUB

1495531312071569352331000013784731421613004230298n.jpg« Che » de Thaourirth Moussa immortel dans le cœur des jeunes

Nous commémorons, ce 25 juin, le douzième anniversaire de l’assassinat de Lounès Matoub. Un « pèlerinage » sur les traces du chanteur martyr montre combien est belle sa postérité. Des visiteurs continuent d’affluer par milliers d’un peu partout pour se ressourcer dans sa maison. Les jeunes restent très sensibles à sa parole, si bien que Lounès Matoub demeure en tête des ventes chez les disquaires. La Fondation Matoub lutte avec peu de moyens pour protéger son œuvre et perpétuer sa mémoire. Elle continue à exiger avec force la vérité sur les circonstances de sa liquidation physique.
Béni Douala (Tizi Ouzou). De notre envoyé spécial, El Watan, 24 juin 2010

Samedi 19 juin 2010. 45e anniversaire du (triste) coup d’Etat de Boumediène. Une voix domine toutes les autres dans le brouhaha du centre-ville de Tizi Ouzou. Non, ce n’est pas celle de Matoub, c’est plutôt celle de… Hafid Derradji, dont la voix nerveuse commente en boucle le match héroïque de notre chère équipe nationale face à l’Angleterre. Eh bien, les diablotins numériques du bâtiment bleu et autres cités populaires avaient déjà eu la bonne idée de pirater le match d’Al Jazeera Sport, le graver sur CD et le revendre 100 DA pièce ! Comme partout en Algérie, les mêmes images de fête célèbrent l’exploit de l’EN. Des jeunes débattent des astuces de coloration des cheveux, inspirés sans doute par le nouveau look des Ziani, Chaouchi et Yebda. D’autres se pavanent avec le maillot des Verts, et un peu partout, des vendeurs proposent t-shirts et autres produits dérivés aux couleurs nationales. L’avenue principale ainsi que les trottoirs attenant à la mythique cité des Genêts sont envahis par une faune de tréteaux, transformant la ville de Tizi en un immense bazar à ciel ouvert. Dans les cafés, les restos, les cybers, les salons de coiffure, un même sujet : la Coupe du monde. Des grappes de spectateurs sont ainsi agglutinés à longueur de journée autour d’un écran collectif pour suivre les joutes du Mondial. Ils ont tous le cœur rivé sur le prochain choc Algérie-USA.
Flingué en pleine coupe du monde

Lounès Matoub fut assassiné, rappelons-le, en pleine Coupe du monde 1998 (remportée par la France de Zizou contre le Brésil 3 buts à 0). C’était exactement le 25 juin, vers 13h30, alors que Matoub rentrait de Tizi Ouzou. Il venait de déjeuner au restaurant Le Concorde avec sa femme Nadia et ses deux belles-sœurs, Farida et Ouarda. D’ailleurs, ses trois accompagnatrices seront grièvement blessées. Les quatre passagers tomberont dans une embuscade meurtrière tendue à Tala Bouanane, à mi-chemin entre Tizi Ouzou et Beni Douala. Ils seront littéralement arrosés de balles. En se proposant de revenir un peu sur le parcours et l’héritage symbolique de Lounès Matoub, notamment auprès des jeunes, un pèlerinage à sa maison de Thaourith Moussa s’impose. Des portraits de l’artiste nous accueillent dès le village d’Ath Aïssi, à quelque 15 km de Tizi Ouzou. « Matoub Lounès : la voix de tout un peuple », peut-on lire sur l’un d’eux. On le voit de prime abord : dans le giron du Djurdjura, Matoub est l’icône absolue. La Kabylie est un pays dans un pays et Matoub est son prophète.Nous voilà enfin devant la maison du chanteur au mandole rugissant, celle qu’il érigea lui-même. Na Hamama, une vieille femme fort affable, nous souhaite la bienvenue. Nous apprenons d’emblée que ni Na Aldjiya, la mère de l’artiste, ni sa sœur Malika ne sont présentes. « Elles sont en France », indique un proche de Matoub qui lui ressemble d’ailleurs comme deux gouttes d’eau. « On ne sait pas trop pour le moment comment va se faire la commémoration », dit-il, perplexe. Malika Matoub, la présidente de la Fondation, est dans un état de santé assez critique, apprend-on. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Sa mère a dû la rejoindre précipitamment. Na Hamama, la gardienne des lieux, nous invite gentiment à prendre nos aises. Dans un garage dont l’accès est protégé par une grille gît une Mercedes 310 criblée de balles. C’est la fameuse voiture du chantre qu’il conduisait au moment du guet-apens fatal. « Prière de ne pas toucher au véhicule. C’est une pièce à conviction », prévient une pancarte. L’image est troublante. Emotion. Frissons. Sur le capot est accolée une feuille énumérant les impacts de balles, 78 au total ! A l’extérieur, sur une esplanade, s’étale le tombeau de Matoub, taillé dans le marbre. Derrière l’imposante sépulture se dresse un mur tapissé d’une fresque de photographies à l’effigie des martyrs du Printemps noir.

Un « Berbère Pluriel »
Au rez-de-chaussée de la villa se trouvent les locaux de la Fondation Matoub. « La mission principale de la Fondation est de protéger l’œuvre artistique et politique de Matoub », explique Juba Laksi, secrétaire général de la Fondation Matoub (lire interview), avant de souligner : « Ce lieu est l’un des plus visités en Kabylie. Nous recevons en moyenne 150 visiteurs par jour. Les gens viennent pour se ressourcer et pour réclamer la vérité sur l’assassinat de Lounès. » Juba a tout juste 24 ans et déjà toute la fougue, la passion militante et la force de conviction de son idole. Il respire Matoub, parle avec ses « isefra », ses poèmes, ses chansons, cite ses discours de mémoire… Même la sonnerie de son téléphone portable se veut une mélodie de Matoub. Etudiant en psychologie, ce militant associatif a été propulsé il y a deux ans, âgé d’à peine 22 printemps, secrétaire général de la Fondation. Pour Juba, c’est la preuve du rajeunissement de l’association et surtout de la pérennité de l’héritage de Matoub en termes de transmission. « Nous comptons 156 membres. La moyenne d’âge au sein du bureau exécutif est d’à peine 30 ans », se félicite le fringant SG. Justement, un groupe de jeunes, entre filles et garçons, débarque. Ils scrutent avidement les nombreuses photos qui recouvrent les murs et qui fournissent au visiteur une biographie condensée de Matoub. Une bio en images, en somme. Une enseigne plantée au-dessus de l’encadrement d’une porte, on peut lire : « Bienvenue aux pèlerins chercheurs de la vérité ». Une famille est venue au complet spécialement de Ath Abbas, dans la wilaya de Béjaïa, pour visiter ce « mausolée laïc » qui dispute leur aura à moult sanctuaires maraboutiques. Juba reçoit ses hôtes dans le bureau de la Fondation où se trouve accrochée une photo qui attise particulièrement la curiosité des fans de Matoub : on y voit l’auteur d’Aghuru en compagnie de sa première femme, Djamila (car Matoub s’est marié trois fois, Nadia étant sa dernière épouse). Dans la discussion qui s’engage, un jeune homme pose d’emblée la question qui tue : « Où en est l’enquête ? » Il demande aussi s’il n’y avait pas quelques inédits de Matoub, quelques albums posthume en gestation. Juba se montre fort disponible. Il cite abondamment son maître à penser, agrémentant ses réponses de nombreuses citations et autres strophes empruntées à l’aède mythique. « Matoub a vécu son après-mort avant sa mort », lance-t-il à un moment donné avec philosophie. « Matoub est un berbère pluriel. Il a largement dépassé nos frontières. » Et de commenter : « Ce sont souvent les mêmes questions qui reviennent. Les gens veulent surtout connaître la suite de l’affaire Matoub. » Faisant sienne la boutade d’un militant berbériste, il résume : « Il y a deux vraies tribunes libres en Kabylie : l’auditorium de l’université de Hasnaoua et la maison de Matoub Lounès ! »

Numéro 1 des ventes
Une autre pancarte attire notre attention : « On a besoin de vos dons pour que la Fondation Lounès Matoub survive ». Juba développe : « Nous refusons toute subvention publique afin de préserver notre indépendance. Cela nous a valu des difficultés financières, à tel point que parfois nous peinons à payer la facture d’électricité. Heureusement que la présidente ainsi que Na Aldjiya sont là et aident à fond la Fondation. » En dehors de Thaourirth Moussa, l’œuvre de Matoub a à l’évidence autant de succès et d’audience. Mohand, 27 ans, transporteur à son compte sur la ligne Taourirth-Beni Douala, lance, catégorique : « Pour moi, Matoub est au-dessus du lot. » Dans sa voiture, c’est pourtant Lotfi Double Kanon qu’il écoute, symbole d’une jeunesse qui refuse la « ghettoïsation ». Kamel, 40 ans, disquaire à Beni Douala, raconte : « Moi, j’ai connu Matoub. Je travaillais à l’époque dans un café qu’il fréquentait beaucoup. Lounès était un sacré blagueur. C’était également quelqu’un de franc. Il n’avait peur de personne et disait ce qu’il pensait ». Dans sa petite boutique, Kamel a réservé un rayon entier aux CD de Lounès.

Matoub est resté numéro 1 des ventes. C’est une valeur sûre. Les jeunes, les moins jeunes, les femmes, les vieux, tout le monde écoute Matoub. En été, avec l’approche de la date de la commémoration de sa disparition, ça cartonne. C’est aussi le cas avec le rush des émigrés. » Y a-t-il une relève en vue ? « Non, il y a des jeunes qui arrivent comme Mohamed Allaoua qui fait un tabac aussi, ou quelqu’un comme Mourad Guerbas. Ils font de la chanson rythmée, des chansons de fêtes surtout. Aujourd’hui, Matoub a provoqué une crise d’identité au sein de la chanson kabyle. Il est bien difficile de le dépasser. Il faudra longtemps avant de dénicher un autre comme lui. » En septembre 2008, Malika Matoub nous avait aimablement reçus sans rendez-vous au siège de la Fondation. Nous évoquâmes avec elle, entre autres, l’idée de créer un musée Matoub Lounès et Malika Matoub d’insister sur la dimension universelle du chanteur véhément. Ainsi, loin d’être ce berbériste « chauvin » cloîtré dans sa culture, Matoub se révèle un artiste d’une immense sensibilité, un cœur généreux ouvert sur toutes les causes : « Lounès a beaucoup fait pour le rapprochement entre le chaâbi et la chanson kabyle, mais personne n’en parle », déplorait Malika, avant d’ajouter : « Matoub a défendu l’Algérie toute entière.

Les non-berbérophones ne connaissent pas le fond de son combat ni ses textes, hélas ! Ils n’ont que des clichés folkloriques en tête. Il fallait enfermer Matoub uniquement en Kabylie pour ne pas être entendu ailleurs. Or, Matoub, c’est la transition entre deux cultures, la musique arabo-andalouse et la musique berbère. Ceux qui écoutent Matoub vont plutôt écouter El Anka. » Cette dimension artistique, souvent reléguée au second plan, est tout de même au cœur de la vie de Matoub, suggérait sa sœur qui nous disait tout son désir « d’arracher cette mémoire aux politiques pour que Matoub retrouve sa véritable dimension. » « Il faut qu’on arrive à sortir du ghetto dans lequel ils nous ont enfermés. Pour moi, une chose est sûre : même si on ne connaîtra jamais les auteurs de son assassinat, je les empêcherai de s’emparer de sa mémoire ! »

Tribunal de Tizi Ouzou : L’affaire Matoub sera-t-elle programmée ?

photo0041.pngLe procès de l’assassinat du chantre de la chanson kabyle, Matoub Lounès, pourrait, dans quelques jours, revenir au-devant de la scène judiciaire. Le dossier serait enrôlé à l’occasion de la session criminelle qui s’ouvrira le 25 octobre. Toutefois, le procès des présumés assassins du Rebelle ne figure pas dans la première liste des affaires inscrites par le tribunal criminel près la cour de justice de Tizi Ouzou.
Le programme de l’institution judiciaire reste toujours ouvert. Cela dit, le procès en question pourrait être ajouté à la liste additive, comme cela a été d’ailleurs le cas l’année dernière concernant le même dossier. « Il y a toujours possibilité de le programmer à la dernière minute étant donné que le rôle demeure ouvert. Mais jusqu’à présent, la partie civile n’a pas reçu de convocation », nous dira Me Salah Hannoun, avocat de Nadia Matoub, veuve du défunt Lounès, qui ajoute que « le président du tribunal criminel est en train d’auditionner les accusés et tous ceux qui sont cités comme témoins dans le cadre de l’enquête complémentaire. Il a également interrogé Nadia et ses deux sœurs ».

Par ailleurs, Me Kaci Rahem, avocat de l’autre partie civile, Malika Matoub et sa mère Aldjia, a estimé qu’il « n’ y a rien de nouveau dans le dossier. Le juge a entamé quelques procédures seulement. Le juge d’instruction a auditionné deux ou trois témoins depuis juillet 2008. On ne sait pas si le procès est programmé ou non, cette fois-ci, mais une chose est sûre, on n’a rien reçu du tribunal ». Par ailleurs, rappelons que le procès des présumés assassins de Matoub Lounès devait avoir lieu le 9 juillet 2008, mais il a été renvoyé à une date ultérieure par le tribunal criminel qui avait demandé un complément d’enquête. Notons aussi que la sœur du défunt avait exigé la présence d’une cinquantaine de témoins, dont des responsables de partis politiques. Rappelons que Matoub a été ravi aux siens par les forces du mal, le 25 juin 1998, dans un guet-apens tendu par des criminels à Tala Bounan, sur la route de Beni Douala.

Deux accusés ont été interpellés. Il s’agit de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, détenus à la maison d’arrêt de Tizi Ouzou depuis leur arrestation en septembre 1999. Les chefs d’inculpation retenus contre eux sont : appartenance à un groupe armé et homicide volontaire avec préméditation. Malika Matoub avait déclaré, il y a une année, dans un point de presse à Tizi Ouzou, que « depuis 1998, la procédure pénale avec laquelle est gérée le dossier était totalement bafouée ». Selon elle, l’investigation préliminaire n’a pas été effectuée. C’est pour cela, sans doute, qu’elle avait estimé qu’il n’y a pas eu d’enquête préliminaire qui a déterminé que Madjnoun et Chenoui sont les auteurs ou les commanditaires de l’assassinat de son frère. Toutefois, elle avait précisé qu’un conseiller de l’ancien président de la République lui avait parlé de huit auteurs de l’assassinat de Matoub sans pour autant citer les noms Madjnoun et Chenoui. Enfin, notons que le principal accusé dans le procès en question, Malek Madjnoun, avait observé, en février dernier, une grève de la faim à l’intérieur de la maison d’arrêt de Tizi Ouzou pour exiger l’accélération de la procédure judiciaire

Vérité et Justice

photo004.pngJour pour jour, sur une route de Kabylie, mon frère a été lâchement assassiné par un groupe armé dans des circonstances que les pouvoirs publics et certains courants politiques locaux s’acharnent à ne pas vouloir clarifier.
Son assassinat a non seulement suscité une profonde indignation de l’opinion nationale et internationale, mais aussi des interrogations quand à l’identité de ses auteurs, tant il est vrai que des faits troublants ont été relevés par de nombreux observateurs à ce sujet.
Face à l’inertie des pouvoirs publics et les manipulations médiatico-politiques, inspirée par des intérêts étroits qui détournent l’opinion sur la vérité et la justice, il était important pour nous de revendiquer une enquête sérieuse.
Dès lors, notre devoir fût de poser les bonnes questions et de mettre les autorités judiciaires devant leurs responsabilités. Soulignant que son dernier album « Lettre Ouverte aux… » dénonçait avec force l’alliance islamo-baâthiste et les compromissions de l’élite politique kabyle qui s’est désengagée du combat pour l’identité Amazigh et de la démocratie par soucis de vulgaires prébendes, ceci dans un contexte politique marqué par l’entrée en vigueur de la loi sur l’arabisation et des négociations entre le pouvoir et l’islamisme armé.
Afin de nous détourner de l’objectif que nous nous sommes assigné, à savoir l’identification et l’arrestation des coupables, diverses pressions continuent d’être exercées sur notre famille: – Atteinte à notre honneur. – Atteinte à notre intégrité. – Atteinte à notre intimité familiale. – Lynchage politico-médiatique. – Harcèlement judiciaire. – Vol et détournement de l’œuvre artistique de Lounès. – Intox de l’opinion publique pour nous isoler.Il n’y a pas un jour qui passe sans que nous ne soyons visées par des rumeurs malveillantes organisées par ceux qui s’acharnent pour nous faire taire par crainte d’être identifiés par l’aboutissement des dessous de cet assassinat.
D’autre part, nous constatons avec amertume que malgré les promesses du président de la République en septembre 1999, s’engageant à faire la lumière sur cette affaire, l’institution judiciaire est restée à ce jour cantonnée dans les conclusions d’une première enquête bâclée, car dictée par des forces politiques qui ont publiquement désigné sans enquête préalable leurs «coupables» et affiché leur hostilité à touteforme d’investigation.
En outre, l’annonce d’une amnistie générale traduit la volonté d’imposer le silence aux victimes et de garantir l’impunité aux coupables. INADMISSIBLE !
C’est pourquoi, nous réitérons encore une fois avec force en ce 25 juin 2005, notre exigence de vérité qui n’aura d’issue que de voir un jour, les assassins de Lounès devant les tribunaux.
Ces années passées à chercher le QUI? POURQUOI? COMMENT? de cet assassinat, nous ont au moins permis de débusquer les véritables intentions cachées de certains acteurs politiques qui ont vendu la Kabylie aux forces occultes pour la promotion de leur petite personne.
L’absurde est atteint quand certains d’entre eux se sont farouchement opposés à l’inscription de l’exigence d’une enquête sur l’assassinat de Lounès Matoub dans la plate forme d’El-Kseur et d’y inscrire l’exigence d’une deuxième cession du baccalauréat. Une plate-forme décrétée « scellée et non négociable ». Nous interpellons une énième fois, le Président de la République, les autorités compétentes pour l’ouverture d’une enquête sérieuse sur l’assassinat de Lounès MATOUB.
Malika MATOUB, le 25 juin 2005

Juba Laksi. Secrétaire général de la Fondation Matoub Lounès : « Matoub était un rassembleur »

jjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjj.jpg- D’abord, pouvez-vous nous présenter la Fondation Matoub. Dans quelles circonstances est-elle née ?

La Fondation Matoub est née en septembre 1998, soit trois mois après sa mort. Au début, la Fondation s’est structurée autour de comités locaux afin de faire cesser la pression sur la Fondation Matoub. Ces comités étaient dispersés un peu partout en Kabylie et même en dehors de la Kabylie. Après, ces comités ont été remplacés par des commissions. La Fondation compte aujourd’hui 156 membres, et ce qui fait plaisir, c’est l’apport significatif d’un sang « jeune ». La Fondation mène un combat très sain, celui de protéger la mémoire de Matoub et faire connaître son œuvre politique et artistique. La Fondation milite également pour réclamer la vérité sur son assassinat. Notre plus grande fierté au sein de la Fondation est que c’est la seule structure en Kabylie qui ouvre ses portes de 8h à 17h et qui reçoit plus de 150 visiteurs par jour qui viennent des quatre coins d’Algérie et des quatre coins du monde. Ils viennent se ressourcer et viennent pour « thidhests », à la recherche de la vérité. Le combat identitaire s’est essoufflé un peu depuis 2005, mais il y a toujours la porte de Matoub qui reste ouverte. Les portes de la Fondation sont ouvertes à tous car Matoub était un rassembleur.

- Justement, vous qui êtes né en 1986, que vous inspirent la vie et l’œuvre d’un artiste mythique comme Matoub ?

Matoub est le câble qui a rattaché la génération qui a fait le Printemps 1980 à la mienne. C’est lui qui nous a communiqué cette ferveur. Il nous a permis la connaissance du passé et du combat de tout un peuple. Par son œuvre politique et artistique, Lounès nous a montré le chemin. Il nous a montré ce qu’est la cause berbère et ce que c’est que d’être un patriote, un vrai ! Aimer sa patrie et ses origines en même temps.

- Gardez-vous quelques souvenirs de lui ?

Oui. D’abord, Matoub était un cousin à ma mère. Quand j’étais petit, je ne connaissais pas le « mythe Matoub », la star. Comme tout le monde au village, on ne connaissait que Lounès. Lounès Ath Lewniss. Il nous faisait oublier le « Rebelle ». Lounès était quelqu’un de très simple. Tu peux l’appeler à 2h du matin, il t’ouvre. Tu peux entrer sans frapper, manger, rester, tu es le bienvenu. Sa maison était ouverte à tous à telle enseigne qu’elle était devenue la « thajemaïth » du village. Il était facile de l’approcher, de le côtoyer. Quand j’étais gamin, je me souviens d’abord de son visage qui m’a toujours paru impressionnant, très particulier. En même temps, c’était un phénomène. C’était le Djeha du village. Il y avait toujours des histoires à son sujet. Il aimait frayer avec les « iderwichen » de thadarth, les gens un peu marginaux ou foutraques. Il aimait aussi le cheikh de la mosquée du village, il aimait les gens du village, il aimait le petit peuple. On le surnommait « bouthemaghriwin » parce qu’il était de tempérament facétieux. L’un de ses amis intimes était un fêlé, un schizophrène. Donc, on ne connaissait pas Matoub le Rebelle, on connaissait Lounès le farceur.

- L’un des clichés les plus tenaces que l’on colporte à son sujet le présente comme un berbériste « chauvin », limite raciste. Pourtant, ceux qui le connaissent et connaissent son œuvre savent combien ces préjugés sont erronés…

Absolument ! Comme je le disais, Matoub était un rassembleur. Il défendait des valeurs universelles. Il a fait sienne l’expression de Jean-Paul Sartre en se disant « patriote de toutes les patries opprimées ». Lounès était un militant de toutes les causes humaines. J’en veux pour preuve son célèbre discours qu’il avait prononcé le 9 octobre 1994 à l’amphithéâtre de la Sorbonne en recevant le prix de la Mémoire des mains de Danielle Mitterrand. Il avait dit : « Le Berbère que je suis est frère du juif qui a vécu la Shoah, de l’Arménien qui a vécu le terrible génocide de 1915, de Khalida Messaoudi, de Taslima Nasreen et de toutes les femmes qui se battent de par le monde, frère du Kurde qui lutte sous le tir croisé de multiples dictatures, et de mon frère africain déraciné… »

- Où en est l’affaire Matoub sur le plan judiciaire ?

Nous, notre plus grande victoire, c’est d’avoir entretenu ce procès pendant douze ans. Regardez l’affaire Boudiaf. L’homme a été tué devant les écrans de télévision, et quelques jours après, son dossier était plié et l’affaire classée. Aujourd’hui, même si nous ne sommes pas arrivés à dévoiler la vérité sur l’affaire Matoub, on aura tout de même réussi à faire durer ce procès. A chaque audience, nous drainons des centaines de soutiens. En 2008, nous avons reçu le soutien de quelque 127 collectifs et organisations. Pour le reste, nous, on ne soupçonne personne et on n’accuse personne. On veut juste la vérité et c’est notre droit de connaître cette vérité. On est là pour la revendiquer. La famille Matoub a déposé un dossier très solide auprès de la justice. Il y a la voiture qui compte 78 impacts de balle. Au sein de cette voiture, il y avait trois témoins oculaires : Nadia et ses deux sœurs. Il y a une étude balistique qui doit se faire sur la voiture. Il y a 50 personnes qui sont prêtes à apporter leur témoignage et qui peuvent éclaircir cette vérité. Alors, il appartient à la justice de faire son travail.

12.jpgMatoub Lounès, était un chanteur, auteur, compositeur algérien,. Il a été aussi un fervent militant de la question identitaire berbère en Algérie et son rôle a été immense dans la revendication et la popularisation de la culture Amazigh.
Il est né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa Ouamar, un village de la tribu et actuelle commune Ait Mahmoud dans la daira de Ath Douala dans la wilaya de Tizi-Ouzou (à l’époque intégré a l’Algérie française). Il meurt le 25 juin 1998, assassiné sur la route qui relie Tizi-Ouzou et son village au lieu-dit Tala Bounane à Ait Aïssi50528425matoub125jpg.jpg