L’affaire reportée au 22 mai

L’affaire opposant les héritiers de Matoub Lounès aux éditeurs de CD, qui devait passer dimanche dernier au tribunal correctionnel de Tizi Ouzou, a été renvoyée au 22 mai du mois en cours. Il s’agit d’une plainte déposée en 2005 par les héritiers du chanteur concernant la non-perception des droits d’auteur de la part des éditeurs qui ont en charge la commercialisation des CD et des cassettes de Matoub Lounès. La soeur de Matoub est rentrée de France pour assister au procès. Notons que les héritiers de Matoub Lounès, à savoir sa mère, sa soeur et sa veuve ainsi que la Fondation Matoub, se sont constitués partie civile. Malika Matoub nous a confié à Tizi Ouzou qu’elle a saisi par écrit les éditeurs en question à plusieurs reprises, mais qu’elle n’a jamais obtenu de réponse, précise-t-elle.

aomar mohellebi

… IL DISAIT

matoublounesironiedusort300x298.jpg » Un sage vieillard m’avait dit un jour : « Fais en sorte que tout ce que tu fais puisse être érigé en loi universelle. Ne crains pas de te sacrifier pour soutenir une vérité. Sois le héros d’une noble cause mais ne cherche pas à en tirer profit. Si tu veux être heureux, néglige les honneurs et les titres. C’est en ton âme et conscience que tu dois juger. » Est- ce une fatalité ou une injustice ? Je dirais simplement que c’est l’ironie du sort. La mort comme le précisait un ancien dicton, n’est autre que le passage d’une vie limitée à une existence éternelle. L’éternel brasier d’amour que je porte à ma Kabylie natale ne s’éteindra jamais : Quoique la flamme serait diminuée après mon passage vers le nouveau royaume. A tous les Algériens prêchant l’égalité, je dédie cette citation du célèbre Abraham Lincoln (lettres 1858), assassiné lors de la guerre de sécession qui avait ensanglanté le nord et le sud des Etats-Unis. « Tel que je ne voudrais pas être un esclave, je ne voudrais pas être un maître. Telle est ma conception de la démocratie. Tout ce qui en diffère, et la différence est d’autant plus grande, n’est point de la démocratie. »
matoublounesironiedusort300x298.jpgLounès MATOUB (Juillet 1989)

Nna Aldjia, mère de Matoub Lounes : « Les Kabyles doivent s’unir pour exiger la vérité sur l’assassinat de Lounes »

La Fondation Matoub Lounes a organisé une cérémonie de recueillement sur sa tombe afin de célébrer son anniversaire coïncidant avec le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa Ouamar. « Le rebelle » aurait eu 55 ans.

Nna Aldjia, la mère du chantre de la kabylité a réitéré lors d’une brève prise de parole improvisée, son appel à « l’union de toutes les forces kabyles sincères qui portent le combat dans leur cœur » pour faire avancer la revendication d’une « véritable enquête sur l’assassinat de Matoub Lounes » ravi à la Kabylie le 25 juin 1998.

Pour la mère du rebelle, il est « important de s’unir autour de la fondation pour combattre l’amnésie et lutter pour que justice soie faite sur un crime qui n’a pas encore livré tous ces secrets » et d’indiquer un peu plus loin que « les Kabyles ne doivent pas abandonner le combat de Lounes. Cela commence par le soutien et l’aide nécessaire à la fondation qui porte son nom. C’est important sinon l’association est condamnée à disparaitre », a-t-elle averti.

Au cours de la cérémonie marquée par la présence de militants du Mpuvement pour l’Autonomie de la Kabylie, d’anciens délégués du mouvement des Aârchs et autres associatifs, des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou et de nombreux citoyens venus se recueillir sur la tombe du rebelle, le prix Matoub Lounes de poésie a été décerné à Melle Ammour, originaire de Koléa dans la wilaya de Tipaza.
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Nna Aldjia, mère de Matoub Lounes : « Les Kabyles doivent s’unir pour exiger la vérité sur l’assassinat de Lounes »

La Fondation Matoub Lounes a organisé une cérémonie de recueillement sur sa tombe afin de célébrer son anniversaire coïncidant avec le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa Ouamar. « Le rebelle » aurait eu 55 ans.

Nna Aldjia, la mère du chantre de la kabylité a réitéré lors d’une brève prise de parole improvisée, son appel à « l’union de toutes les forces kabyles sincères qui portent le combat dans leur cœur » pour faire avancer la revendication d’une « véritable enquête sur l’assassinat de Matoub Lounes » ravi à la Kabylie le 25 juin 1998.

Pour la mère du rebelle, il est « important de s’unir autour de la fondation pour combattre l’amnésie et lutter pour que justice soie faite sur un crime qui n’a pas encore livré tous ces secrets » et d’indiquer un peu plus loin que « les Kabyles ne doivent pas abandonner le combat de Lounes. Cela commence par le soutien et l’aide nécessaire à la fondation qui porte son nom. C’est important sinon l’association est condamnée à disparaitre », a-t-elle averti.

Au cours de la cérémonie marquée par la présence de militants du Mpuvement pour l’Autonomie de la Kabylie, d’anciens délégués du mouvement des Aârchs et autres associatifs, des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou et de nombreux citoyens venus se recueillir sur la tombe du rebelle, le prix Matoub Lounes de poésie a été décerné à Melle Ammour, originaire de Koléa dans la wilaya de Tipaza.
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55e anniversaire de la naissance de Matoub Lounès .Évocation de l’artiste à Taourirt Moussa

À l’occasion de la commémoration du 55e anniversaire de la naissance du chanteur kabyle, Matoub Lounès, né le 24 janvier 1956, la fondation qui porte le nom de l’artiste a rendu, hier, un vibrant hommage à celui qui fut le symbole et le repère de toute une génération. Suivant le programme de la fondation, un dépôt de gerbe de fleurs, une waâda (un couscous offert aux visiteurs) et une remise de prix aux lauréats du concours de poésie Matoub-Lounès étaient prévus par les organisateurs. À la maison du regretté artiste, également siège de la fondation, s’est tenue une exposition de photos retraçant le parcours artistique de l’enfant de Taourirt Moussa. L’on a pu également voir la voiture qu’il conduisait le jour de son assassinat, une Mercedes noire, toute criblée de balles, exposée au public. Un témoin en fer. “C’est un lieu de pèlerinage et de ressourcement pour nos jeunes. Les gens viennent de partout pour visiter la demeure de Lounès. Ce qui fait notre force afin de continuer notre travail de mémoire, c’est tout ce sang jeune qui vient de toute l’Algérie et même de l’étranger, la Lybie et le Maroc, pour saluer la mémoire d’un rebelle”, nous dira Juba, secrétaire général de la fondation. Selon notre interlocuteur, la maison de Lounès est devenue une tribune de débat démocratique et de résistance, tout en gardant un cachet apolitique. Parmi les objectifs de cette structure, la protection de l’œuvre artistique et poétique de Matoub Lounès, la pérennisation de sa mémoire et la revendication de la justice sur son assassinat. À propos de cette dernière, le chargé du dossier au niveau de cette fondation, M. Rouifed, nous expliquera qu’elle est “au point mort. Après la décision de la justice en 2008 de refaire l’instruction dans l’affaire de l’assassinat de Lounès, rien n’est venu apporter un plus et des éclaircissements. Un dossier noir. En toute objectivité, on réclame juste la vérité”. insistera-t-il.
Selon les membres de cette fondation, toutes les démarches faites au niveau du ministère de la Culture, de la direction de la culture de Tizi Ouzou et de l’APW sont restées sans suite. Un manque de moyens qui n’assure pas la pérennité de cette association. Lors de cette activité, trois lauréats du concours de poésie Matoub-Lounès ont été primés. Il s’agit de Amour Samia de Tipasa, en première place, suivie successivement de Belkadi Amar, d’Aït Yahia Moussa et d’Akrich Amar de Ouaguenoune, dans la wilaya de Tizi Ouzouphoto004.pngphoto004.png
Kocila Tighilt  » journal LIBERTE »

la Fondation fête le 55 eme anniversaire de sa naissance

lll1.jpg11.jpgComme c était prévu, La fondation Lounes Matoub a célébré hier le 24 janvier , le 55 eme anniversaire de la naissance du chanteur rebelle dans son siège natal (la maison de lounes)
Une activité rituelle et habituelle pour la famille matoub ainsi qu’à la fondation qui portait son nom, cette cérémonie dans son principal objectif, faire sensibiliser les fans matoubistes que Lounes vive encore et partager un moment de joie avec nna Aldjia ( mere a matoub) qui résiste encore depuis 13 ans a une atroce tragédie.
Cette journée commémorative a rassemblé toute une communauté avec ses différence politiques , un rôle que Lounes ait joué au passé et c est ce qu’il confirme sa présence parmi nous
Une cérémonie qui a connu la présence des beaucoup de figures connus sur la seine politique et artistique, a commencé a 10:30 avec depot de gerbe de fleurs sur la tombe de défunt et qui a été cloturé par la remise des lauréat du concours de poésie LWENAS MATUB 2010
Et a cette occasion le secrétaire général Mr LAKSI a annoncé la 3 eme édition du concours de poesie qui aura lieu a la maison de culture MOULOUD MAMMERI le 22 juin 2011. Pour ceux qui s intéressent vous approchez de la structure situé a beni douala

Un amour sincère et dévoué

L’ALGÉRIE ET MATOUB

«Ce temps de souffrance n’est pas pour toujours, Bien qu’aujourd’hui la fureur nous embrase, L’Algérie se relèvera de son mal; La connaissance donnera des bourgeons.»

S’il est évident que la diversité thématique de l’oeuvre poétique de Matoub Lounès a été exceptionnelle, il est aussi vrai que le thème de l’Algérie est l’un de ceux qui reviennent le plus dans tous ses textes. Le sujet rebondit sous plusieurs formes et dans divers contextes. Mais dans tous les cas, Matoub a chanté l’Algérie et son amour infini pour sa patrie. Un amour derrière lequel ne se dissimule aucun opportunisme ni aucune récompense matérielle aussi alléchante soit-elle.
Matoub a chanté l’Algérie parce qu’il l’aimait. Point. Matoub aimait tellement son pays qu’il a, dans plus d’un texte, comparé l’Algérie à sa mère. C’est le cas, entre autres, dans la chanson «Communion avec la patrie». Dans ce texte sorti en 1993, Matoub Lounès met en scène un dialogue entre la patrie, le révolutionnaire et la société. C’était à une période difficile que traversait l’Algérie. Matoub Lounès, à travers cette conversation regorgeant d’images poétiques et de métaphores, tente de trouver les raisons de ce déluge entre les enfants d’un même pays. A la mère patrie qui s’interroge, le poète-révolutionnaire tente de trouver des explications sensées aux raisons de cette agonie. Ces vers de Matoub Lounès, à eux-seuls, reflètent la profondeur de la passion inénarrable qui l’attachait à son Algérie pour laquelle il est tombé: «Et moi, écoeurant mes racines jusqu’au reniement, Quelle sera l’offrande suprême? Où se trouve le remède à ma souffrance? L’angoisse me pertuise, habite mon coeur; Mon corps est flétri, mes membres desséchés, ce sont les penchants de ma progéniture, Qui me ravagent le cerveau, Chacun selon ses prêches». Matoub, à l’instar de beaucoup de poètes qui ont refusé de se ranger dans aucun rang, a été mal compris ou carrément incompris. Souvent, son oeuvre poétique a été analysée de manière fragmentée, ce qui n’a pas été sans défigurer le vrai message qu’il voulait transmettre.
Or, la poésie de Matoub est un tout. On ne pourra jamais saisir sa portée si l’on prenait chaque vers ou chaque strophe en aparté ou encore si l’on faisait abstraction de chaque contexte où un texte a été écrit. A l’instar de sa langue maternelle tamazight pour laquelle il revendiquait un statut, l’Algérie demeurait une constance dans toute son oeuvre.
Ce n’est pas parce qu’il dénonçait les gouvernants que Matoub détestait l’Algérie. Il avait le droit de ne pas être d’accord avec les orientations de ceux qui avait dirigé le pays et aimer l’Algérie. Autrement, en quoi consiste la liberté d’expression? On pouvait bien aimer l’Algérie de manière différente. Si Matoub n’avait pas raison, pourquoi alors tamazight est aujourd’hui une langue nationale dotée d’une chaîne de télévision et enseignée dans les écoles publiques algériennes?
En faisant le lien entre tamazight et l’Algérie, Matoub était loin d’être contre la langue arabe. Autrement, comment expliquer cet extrait de la chanson Regard sur l’histoire d’un pays damné: «Je foulerai Orient et Occident, J’affronterai le gel et les galères, Quelle que soit la langue parlée par chacun, Que l’on dise seulement, je suis Algérien». Ou encore cet autre passage du même texte: «La fièvre jaune se saisit du peuple entier, De l’Algérie le coeur est lacéré, Octobre ne sera pas extirpé des cerveaux, Quand demain nous trouverons le bonheur».
Dans la même chanson, Matoub brandit fièrement, haut et fort son algériannité:
«Qu’il dise: je suis Algérien, Les siècles perfides m’ont trompé, Je remonterai vers mes racines, Dussé-je les abreuver de mon sang».
En tout état de cause, aucun poète algérien ou chanteur n’a cité autant de fois dans ses textes les mots: Algérie, mon pays, Algérien…Quand il s’agit de l’amazighité ou du terrorisme, Matoub aussi clamait ses visions nationales comme quand il espère:
«Il faut une torche ardente, Que l’Algérien s’y meurtrisse, Afin de retrouver la mémoire, Et la voie de son identité proscrite». Dans un seul article, il est impossible de revisiter l’ensemble des extraits où Matoub parle de l’Algérie. C’est là juste un bref échantillon mais on ne peut pas conclure sans s’en référer à cette strophe: «Kenza, ma fille, Endure mon deuil, Nous succombons sacrifiés, Pour l’Algérie de demain» ou encore: «Ce temps de souffrance n’est pas pour toujours, Bien qu’aujourd’hui la fureur nous embrase, L’Algérie se relèvera de son mal; La connaissance donnera des bourgeons.»fondationmatoub201002.jpg

entretien avec LOUNES MATOUB

untitled.bmpEnfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j’ai mûri, et la popularité m’a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.
Je me dois d’être fidèle à moi-même. C’est que, profondément, mon personnage est resté le même. J’essaie d’être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu’au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu’il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur « non ».
Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s’éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m’intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l’artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d’indiscipline, insurgé, je n’ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d’épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l’amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d’odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l’imposture aux mille visages.
Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.
« Tu dois avoir pas mal d’ennemis ? »
Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu’ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les « parachutés » (.. Je n’aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu’à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu’il n’est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.
« Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ? »
Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m’accorde pas beaucoup d’entretiens, c’est parce que je refuse toute concession dans l’_expression de mes opinions. On n’a rien à me reprocher. Sinon d’avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui – oui. Je ne suis pas l’homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m’affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J’aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l’ai jamais fait. Car je ne suis d’aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d’ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi.
Ils ont fait de moi le familier des prostituées et des truands. Ils ont inventé, pour me salir, des légendes scabreuses.
Dans les rédactions algériennes, on me discute longuement. J’étonne et j’inquiète.
Certains journalistes (critiques de variétés) ont de quoi me rendre circonspect. Pour des raisons qu’on devinera aisément, je me méfie de certains d’entre eux.
Plusieurs rédacteurs en chef ou directeurs de rédaction coupent cyniquement, dans des articles, tout ce qui se rapporte (de positif) à moi. A part quelques articles élogieux (parus après octobre 88, il faut le souligner), les journalistes algériens de la culturelle m’ont ostensiblement, pour une raison de censure ou autres, dédaigné, et tout cela à cause de mes audaces de vocabulaire, la franchise et la précision des images, le caractère même des réponses et des sujets traités. Ignorant les interdictions, dédaignant les menaces, j’ai continué de composer et de chanter, quand même, envers et contre tous. C’est par la suite que j’ai appris que tout honneur est source de contraintes.
« Que signifie pour toi le fait de chanter en tamazight ? »
En tant que chanteur, je suis le représentant d’une vision et d’une _expression personnelle du monde qui m’entoure et de moi-même. Je ne veux pas mourir pour un héritage que je n’aurais pas assumé.
Je revendique le fait d’être chez moi dans ma tête et dans mes mots et de vivre comme je le sens.
C’est la raison pour laquelle j’utilise la langue amazighe pour brasser des émotions qui n’appartiennent qu’à nous parce que voir le monde à travers des yeux arabes du fond d’une âme berbère entraîne la mort. Et mon problème est que depuis l’indépendance, nous avons été honnis, bannis, écrasés, spoliés, chassés, traqués, arabisés de force au nom d’une idéologie arabo-islamiste qui est devenue officielle au lendemain de l’indépendance.
Cela dit, pour moi le public auquel je m’adresse possède un inconscient collectif qu’il s’agit de réveiller. Je veux lui faire retrouver une identité qu’il pensait avoir perdue. La langue que parle mon peuple, perfectionnée et enrichie par des siècles d’oppression coloniale et raciste, offre sur l’Algérie un angle de vision unique.

« Que représente pour toi la culture amazighe ? »
Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n’est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d’or du passé. La culture amazighe, c’est une question de civilisation et l’avenir de notre pays se jouera peut-être dessus. A travers la prise de conscience de mon identité, j’ai découvert le génocide culturel et le viol linguistique subis par les miens. J’ai, aussi découvert toute une culture méprisée, humiliée, déclassée, exclue des deux écrans (le grand et le petit), interdite de colonne et de séjour.
Un sujet dont on ne parlait qu’à mi-voix. On est dans une situation pire que celle des Bretons, des Occitans, des Corses, des Kurdes, des Arméniens et des Indiens.
Impossible que soient toujours vainqueurs les plus corrompus et les plus honnis par l’histoire ! Et c’est pourquoi nous refusons d’être les nègres blancs, les indiens, le tiers-monde du pouvoir. Nous refusons d’être bougnoulisés, quoi ! Il reste fort à faire pour préserver ce pays paisible et lui épargner les fléaux de la violence et de l’intolérance.
Tout est encore possible, il faut seulement prendre des risques avec sa vie pour préparer des lendemains meilleurs. Je me défends donc je suis. On veut tout leur faire oublier, aux imazighen : Leur identité, leur langue, leur culture.
Ils se trouvent rangés dans une catégorie mineure de citoyens ; pire, ils n’existent pas en tant que tels, hormis pour le service national et comme force de travail.
Et quand ce n’est pas un gros bonnet de la nomenklatura locale ou un officier supérieur de l’ex Sécurité militaire qui leur cherche midi à quatorze heures alors qu’il est dix heures, c’est un wali qui grignote leurs terres ancestrales à coups d’édits et de décrets d’utilité publique et sans indemnisation ou si peu, tellement peu que les indemnisés n’en veulent pas.
A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je rejette leur tutelle. Ce peuple à qui l’on a volé l’âme refuse d’être un peuple rampant.
Il refuse aussi de perpétuer l’état colonial dans lequel les pouvoirs en place ont voulu tenir les deux Kabylie qui n’ont d’intérêt pour eux que lorsque nos frontières sont menacées. Ils ne nous auront pas. Tu peux leur dire qu’il ne faudra plus compter sur la jeunesse Amazighe pour aller au casse-pipe.
« Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ? »

Fais-moi pas rire. C’est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J’ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d’être raciste.
« Quelle est ta véritable culture ? »
Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu’on sait que « l’oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique ». La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité.
C’est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j’enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m’a façonné et que si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?
Tout enfant, j’avais fait cette pénible découverte : je n’avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants.
La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c’est l’ALGERIE. Mais je suis le citoyen d’une autre patrie : LA CHANSON.
Quant à la langue amazighe, c’est ma langue maternelle, la langue du foetus, la langue intérieure J’ai la double nationalité car j’ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur.
C’est dans la différence que je trouve mon identité.

MALIKA MATOUB a Montréal

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Soyons tous des Matoub !

Malika Matoub a commencé par remercier les jeunes qui se sont démenés en plein examens scolaires pour concevoir, préparer et présenter leurs numéros en guise d’hommage à Lounès : « Quand je vois des enfants s’exprimer ainsi, cela me fait chaud au cœur, dira-t-elle, toute émue. Mais, rajoute-elle, le chemin de notre combat est long. Tamazight cherche sa place dans un pays dictatorial, islamiste et arabiste. Notre responsabilité devant l’histoire est de nous outiller pour résister et protéger notre Kabylie ». Malika, très affectée par les déchirures qui caractérisent le combat de la cause berbère, s’adresse à l’assistance en toute franchise : « Je n’ai pas de leçons à donner, mais de grâce, agissons ensemble pour continuer le combat de mon frère. Même s’il est mort, même si on pourrait penser qu’il se repose, je vous assure que sa mort est une horreur et son âme est encore tourmentée, car, nous sommes dispersés et nous sommes en perpétuel conflit entre nous. Il faut s’unir pour atteindre notre objectif ultime.  » Tafat d ighlen iduklen  », dira Lounès. On aime Matoub pour sa bravoure et son engagement, alors, unissons-nous pour réaliser son rêve. Soyons tous des Matoub » !

La Fondation Matoub, où en est-elle ?

Malika tient à clarifier dès le début la mission de la Fondation Matoub. « La fondation, dira-t-elle, a pour mission de préserver la mémoire de Lounès et ses œuvres, d’encourager et d’accompagner les jeunes étudiants et artistes pour produire leurs travaux. Son siège est désormais la maison de Lounès. Les gens viennent tous les jours des quatre coins d’Algérie pour se recueillir à la mémoire de l’artiste martyr. Le combat identitaire amazigh n’est pas la chasse gardée de la Fondation. Tamazight, la laïcité, la justice sociale et la démocratie sont de la responsabilité de toute la société civile. Il faut se mobiliser autour de l’essentiel pour se faire une place dans un pays où la dictature sévit depuis l’indépendance du pays ».

Comment la famille a-t-elle vécu l’assassinat de Lounès ?

Malika, émue par les douleurs multiples qui rongent sa mémoire de sœur, dira : « Nous avons vécu les douleurs que n’importe quelle famille qui perdrait un être cher, la chair de sa chair. Ajouter à cela bien entendu toutes les pressions diverses qui ont pesé sur nos épaules et nos âmes. Nous avions vu de tout, des mesquineries politiques aux rumeurs en passant par toutes sortes d’intox. C’est normal, l’aura de Lounès est devenue un grand enjeu pour les uns et pour les autres. Mais nous, nous avons perdu un membre de notre famille, le seul fils de ma mère ».

Qu’en est-il de l’enquête sur l’assassinat de Lounès ?

10 ans après l’assassinat de l’artiste, l’enquête continue à patauger au point d’être banalisée : « Le pouvoir algérien et ses relais en Kabylie, dira Malika, ont tout fait pour étouffer l’enquête. Deux personnes croupissent en prison depuis 8 ans sans suite. Un meurtre ne peut être élucidé par des déclarations politiques. La justice aux ordre a étouffé toute possibilité d’aboutir à des vérités sur les nombreux assassinats politiques de Boudiaf, Djaout et les autres… »

Qui a tué Matoub ? Cette question apparemment va demeurer longtemps dans la mémoire des Berbères et des Kabyles en particulier. Pourrait-on connaître la vérité dans un futur proche? Pour le moment, ce serait un leurre d’y croire, nous dirait le plus perspicace des observateurs de la politique algérienne. Malika aussi se pose la même question : « qui a tué mon frère ? ». Elle dira que depuis l’assassinat de son frère, sa famille a subi tout un arsenal politique, médiatique d’insultes, de diffamation de la part de certains milieux qui ont même l’indécence d’étaler la vie privée de la famille de Lounès sans que celle-ci ne puisse répliquer ou se défendre : « Je peux vous affirmer que quand on ne peut pas faire son deuil, on ne peut pas continuer à vivre normalement ». De l’enquête de son frère, elle a cité l’arrestation de deux jeunes assassins présumés de Lounès : « Ces jeunes, dira-t-elle, croupissent en prison depuis 8 ans sans qu’il n’y ait de procès. Aucune justice, affirme-t-elle avec amertume, ne leur a posé de questions. Donc, Il est très difficile de gérer ce lourd fardeau quand on a des forces occultes qui font et défont le sort de l’Algérie à leur guise loin de toute culture de justice et de scrupules ». Fatiguée de lutter contre les ombres de la cruauté, Malika dira sans détour : « Je pourrais quand même dire que la clé d’un début de vérité est là. Matoub a été tué chez lui ». À méditer donc…malaa1.jpg

FONDATION LOUNES MATOUB

jhjh.bmpLa fondation a pour principaux objets:

• Faire toute la lumière sur les circonstances de l assassinat de Lounes
• Perpétuer l image et le combat de Lounes en restant vigilant et attentif a toute malversation ou déclaration portant atteinte a sa mémoire, les défendre par tous les moyens légaux dont peut disposer la fondation. Entre autres, prise de position, déclaration, écriture et ainsi éviter toutes utilisation de sa mémoire.
• Préserver son œuvre.
• Créer un fond documentaire « Lounes Matoub » (revue de presse, photos, manuscrite, film…etc.)
• Diffuser et distribuer tout bulletin, revues, livres, programme audiovisuels en relation avec ses objectifs.
• Participer a des œuvres humanitaires et sociales.
• Fonder le prix Lounes Matoub
• Continuer à faire connaitre les qualités humaines et artistiques de Lounes, ainsi que son combat pour la reconnaissance officielle de l’identité amazigh pour une société juste, pluraliste, et démocratique, ouverte sur la culture universelle.
• Organiser des manifestations commémoratives (Yennayer, 20 avril, 25 juin, 25 septembre, 5 octobre).
• Encourager et aider toute production artistique.
• Organiser ou participer a toute action culturelle, artistique, scientifique, s’inscrivant dans le cadre de la promotion des idéaux artistique et culturels de Lounes (colloque, séminaires, congrès, conférences, festivals….. etc.)
• La fondation se propose de travailler en étroite collaboration avec toutes les associations culturelles amazighes qui partagent ses objectifs.
• Projet: Edification d’une école des arts et d’un centre culturel polyvalent.

Bureau exécutif
Le chargé a la communication: A /AZIZ HAMDI

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